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	<title>2ManyFreaks &#187; Readings</title>
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	<description>Freakin pop culture news &#38; critics</description>
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		<title>La conspiration des ténèbres</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jul 2010 13:45:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Freakmaster</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Oubliez Dan Brown et son faux thriller historico-religieux qui n'était qu'un pompage honteux sans aucunes recherches. Oubliez le Da Vinci Code et sombrez dans la lecture de Roszak dont le talent d'écriture n'a d'égal que son érudition historique et cinephile.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Écrivain, historien, sociologue, notamment évangéliste de la notion de contre-culture, il aura fallut semble-t-il 20 ans à Théodore Roszak, écrivain américain pour accoucher de ce polar. Et 15 ans de plus pour qu&#8217;il soit traduit en France.</p>
<p>Un travail monstrueux qui transpire dès les premiers chapitres.  <strong>La conspiration des ténèbres </strong>suit Jonathan Gates, jeune étudiant en cinéma, qui partage son temps entre sa thèse et les fauteuils du <em>Classic, </em>cinéma de quartier tenu par Clare, jeune femme cinéphile érudite et d&#8217;une froideur glaçante. C&#8217;est au sein de cette salle underground qu&#8217;il va faire la rencontre d&#8217;un cinéaste de seconde zone, disparu durant la 2nde guerre mondiale, Max Castle, et dont les films qui tiennent au premier abord plus de nanars fantastiques que de chefs d&#8217;œuvre, semblent néanmoins dégager une sorte d&#8217;attirance-répulsion étrange sur leurs rares spectateurs. Sur les traces du réalisateur allemand et au fil des années sur les quels vont s&#8217;écouler l&#8217;enquête, Gates va traverser l&#8217;histoire récente du cinéma bis, celle des templiers et de l&#8217;église, découvrir des techniques cinématographiques surprenantes et toucher du doigt le destin de l&#8217;humanité&#8230;</p>
<p>Même si c&#8217;est relativement habituel au cinéma, il est plus rare de voir des traductions de bouquins massacrées par le marketing. De <strong>Flicker </strong> en V.O. (le scintillement lumineux d&#8217;une projection de pelloche&#8230;), il semble donc que placer les mots conspiration, ténèbres et  une image subliminale évoquant les templiers en couverture soient beaucoup plus vendeurs pour une époque éditoriale post-Da Vinci Code. Mouais. A mon avis ça risque d&#8217;en repousser plus d&#8217;un, ou du moins de ne pas attirer le bon public.</p>
<p>Car <strong>La conspiration des ténèbres </strong>est clairement destiné aux amoureux d&#8217;un certain cinéma, qu&#8217;on aime à appeler &laquo;&nbsp;bis&nbsp;&raquo;. Pas étonnant venant d&#8217;un historien à l&#8217;origine du concept de contre-culture. Baignant allègrement pendant 800 pages sur  fond de salle obscure, l&#8217;écrivain s&#8217;amuse visiblement à revisiter l&#8217;histoire du cinéma des années 40 à 80 environ. Même si jamais le récit n&#8217;est daté, les rencontres de Gates et certains éléments visiblement inspirés de faits réels permettent souvent de se situer sur une certaine chronologie.<br />
Ainsi, durant cette introspection, qui voit l&#8217;avènement à la fois d&#8217;une intellectualisation du cinéma en Europe mais aussi d&#8217;une montée en puissance d&#8217;un cinéma &laquo;&nbsp;Z&nbsp;&raquo; face aux studios touts-puissants, l&#8217;auteur amusera le lecteur en revisitant l&#8217;histoire et conspuant gentiment l&#8217;idolâtrie d&#8217;un Orson Welles ou d&#8217;un John Huston, ou en raillant certains critiques parisiens des sixties, pique appuyé contre les Cahiers semble-t-il, et une certaine idée du cinéma.</p>
<p>Dans le fond, une bonne partie du bouquin voit ainsi s&#8217;affronter plusieurs visions du septième art. Celle d&#8217;une Clare, reniant les émotions primales que peut lui procurer un film pour ne baser son avis que sur un esthétisme académique. Don le projectionniste pour qui peu importe le film, seul compte les paillettes et les billets verts. Les intellectuels parisiens, réduits à une théorie analytique froide du cinéma. Les jeunes adeptes des séances de minuit, qui semblent vouer un culte à la médiocrité. Et au milieu de tout ça, il y a Gates et le lecteur. Qui cherche là où personne ne veut regarder. Qui cherche Max Castle et le secret qui semblent entourer les tournages du réalisateur. Les divers passages de visionnage de bobines sont d&#8217;ailleurs parfaitement décrits, si bien qu&#8217;on semble être assis aux côtés du personnage et assister à la séance.</p>
<p>Si toute cette érudition s&#8217;arrêtait là, le livre tournerait vite en rond et lasserait facilement. Sauf que le génie de Roszak c&#8217;est d&#8217;inscrire et de mêler sa cinéphilie à certains mystères religieux. Et d&#8217;inclure le cinéma comme une évidente invention, nécessaire à un dessein monumental qui dépasse de loin de simples considérations artistiques. Se jouant des analogies historiques, mêlant vérité et fausses révélations anecdotiques, l&#8217;auteur arrive tout au long du récit à faire planer une ambiance de plus en plus pesante et oppressante. Culminant avec la rencontre notamment d&#8217;un digne descendant de Max Castle, Simon, jeune réalisateur terrifiant. A moins que cela ne soit finalement son public qui ne le soit&#8230;</p>
<p>La conspiration des ténèbres s&#8217;avale donc avec plaisir pour qui s&#8217;intéresse au cinéma, au-delà même des films, mais aussi à son histoire. Reste une fin qui pourra être déconcertante au vu du reste du récit. Mais cette conclusion, aussi surprenante soit-elle, apparaît bizarrement comme salvatrice après la plongée malsaine dont on ressort auparavant. Et elle ne fait qu&#8217;inscrire le cinéma dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité comme probablement l&#8217;art le plus primaire et le plus noble.</p>
<p><em>Note : La lecture de l&#8217;article de &laquo;&nbsp;L&#8217;Archiviste&nbsp;&raquo; Rafik Djoumi sur le bouquin, est chaudement recommandée. </em><a href="http://rafik.blog.toutlecine.com/10259/La-Conspiration-des-tenebres/" target="_blank"><em>Sur son blog</em></a><em>.</em></p>
<p><em>Note 2 : </em><a href="http://www.maxcastle.com/" target="_blank"><em>Le site de Max Castle</em></a><em> est un joli clin d&#8217;oeil mystérieux.</em></p>
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		<title>Le dresseur d&#8217;insectes</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Apr 2010 15:02:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Freakmaster</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sexe, meurtres et éthylisme en Islande. Où Arni Thorarinsson nous apprend plus à démystifier le pays de Björk qu'à nous entraîner dans un réel polar.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deuxième livre d&#8217;Arni Thorarinsson, après <strong>Le Temps de la sorcière </strong>en 2005, <strong>Le dresseur d&#8217;insectes</strong> est de mon avis personnel, typiquement le genre de bouquin à la quatrième de couverture complètement mythomane.</p>
<p>Vendu comme un polar fantastique, flirtant avec les histoires de fantômes et de maison hanté, le bouquin avait de quoi être prometteur. Plaçant son récit en plein coeur du nord de l&#8217;Islande, terres riches de contes et légendes et à l&#8217;atmosphère féérique vu d&#8217;ici, on pouvait s&#8217;attendre à ce que Thorarinsson accouche de quelque chose de plutôt palpitant, ou du moins original et transportant. Malheureusement, les premiers chapitres balaye très vite toutes velléités de suspense. Einar, journaliste dans une antenne d&#8217;un grand journal de Reykjavik, découvre lors d&#8217;un reportage de routine, une jeune femme assassinée dans une maison abandonnée au beau milieu de nulle part.</p>
<p>Une enquête qui sur fond de festival local qui ne restera finalement qu&#8217;un prétexte racoleur pour l&#8217;auteur afin de traiter finalement son véritable sujet, à savoir une chronique sociale de l&#8217;Islande d&#8217;aujourd&#8217;hui. Le texte est plutôt bien écrit et assez intéressant pour ne  jamais tomber dans l&#8217;ennui. Si on s&#8217;intéresse un minimum à ce pays et à la culture de ses habitants on est assez vite happé par le style journalistique. Le portrait du pays est à mille lieux de ce qu&#8217;on peut naïvement s&#8217;imaginer. Si l&#8217;on en croit l&#8217;auteur, les étendues glacées et désertiques et les longs mois de nuit dépeignent sur une société en rupture avec son histoire, plus concernée par enchaîner les beuveries gargantuesques aux quatre coins du pays que par perpétuer une certaine tradition. Un portrait sociologique instantané d&#8217;une époque donc, probablement fascinant pour qu&#8217;il s&#8217;attendait à lire un tel sujet que par un lecteur en attente d&#8217;un polar.</p>
<p>Car de polar le bouquin n&#8217;en a que le nom. Certes, certains passages aux descriptions glauques, ou quelques chapitres faisant doucement avancer une enquête guère plus intéressante qu&#8217;un épisode de NCIS, rappelle qu&#8217;on a acheté avant tout un thriller. D&#8217;autant plus que les noms des personnages sont difficilement identifiables au premier abord pour qui n&#8217;est pas un minimum habitué aux patronymes nordiques. De ce fait, les citations deviennent parfois un vrai casse-tête à suivre, l&#8217;intérêt et le suspense de l&#8217;enquête s&#8217;en retrouvent du coup affaiblies. Le tout ne semble donc qu&#8217;un vague prétexte au portrait sociologique mentionné plus haut. Même si on garde néanmoins l&#8217;espoir jusqu&#8217;au bout d&#8217;un final fracassant, la déception est d&#8217;autant plus grande dans les derniers chapitres où le dénouement semble prendre l&#8217;aspect d&#8217;un soufflé tout dégonflé.</p>
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		<title>Naja (tome 1 à 3)</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Feb 2010 16:30:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Freakmaster</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Où des assassins à numéro, prenant tous leurs ordres d'un zéro, décident de se foutre sur la gueule et de créer une grande équation foutraque. Impressions à chaud des trois premiers tomes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Découvert lors de la dernière Japan Expo, <strong>Naja</strong>, dernière série de Bengal et Morvan qu&#8217;on a pu (ou pas pour ma part) voir à l&#8217;œuvre sur des séries comme Sillage ou bien encore Meka. Oui je sais c&#8217;est mal de citer des références qu&#8217;on a pas lu, mais que voulez-vous, sachant que Sillage est une série qui a eu son succès, ça parlera certainement à quelques-uns.</p>
<p><strong>Naja </strong>donc, du nom de la tueuse à gages numéro 3 d&#8217;une organisation assez obscure dirigé par un certain zéro. Une nuit, après une mission banale, et malgré sa méfiance naturelle, cette dernière reçoit la visite d&#8217;un mystérieux jeune homme qui lui révélera que le numéro 1 de l&#8217;organisation va tenter de la tuer. En délivrant ce message, l&#8217;inconnu va semer, volontairement ou non, la zizanie au sein des tueurs de l&#8217;organisation qui vont bientôt se livrer à une lutte fratricide&#8230;</p>
<p>Prévu pour tenir en cinq albums, chaque tome de la série s&#8217;attarde pour l&#8217;instant sur l&#8217;un des trois tueurs que nous connaissons de la mystérieuse organisation. Le dessin, sobre et plutôt original, est assez rafraichissant et sais prendre ses distances face à des  influences évidentes. On regrettera parfois une certaine confusion dans les cases d&#8217;action, dont le trait, s&#8217;essayant certainement à un effet de style, fait parfois un peu trop brouillon. Néanmoins, le sentiment général est relativement sympathique, frôlant même avec le somptueux notamment dans le premier tome en Islande, et apporte surtout un regard assez neuf, assez loin de ce qui peut voir ces dernières années en franco-belge.</p>
<p>Quant au scénario, il est ma fois assez déroutant. Ma principale impression en sortant de ces trois premiers tomes, c&#8217;est de n&#8217;avoir pour l&#8217;instant qu&#8217;effleurer le propos et l&#8217;histoire qu&#8217;on veut ici nous raconter. Pour un série en cinq tomes, c&#8217;est assez déconcertant. Je suis pourtant très client de prendre son temps, et de poser les choses dans leur décor. Mais Bengal et Morvan semblent s&#8217;éterniser dans une posture de mystères, qui, si elle fonctionne parfaitement pour le premier tome, devient assez décourageante pour la suite. Même si, la dernière planche du tome 3 laisse entrevoir qu&#8217;on nous amène quand-même quelque part avec tout ça.</p>
<p>La déception intervient également quant à la nature du récit. 90% des pages sont racontées par un narrateur inconnu, qui en plus se permet de nous teaser sévère sans jamais approfondir ses propos (les descriptions de certains personnages notamment). Encore une fois, si ce style d&#8217;écriture collait parfaitement dans le tome 1, qui pouvait se poser comme une introduction, arrivé aux 2/3 de la série, cela devient vite lassant et installe une certaine monotonie dans une série qui se voulait pourtant haletante tant le mystère y joue un rôle prépondérant.</p>
<p><strong>Naja</strong>, qui tient son nom du serpent homonyme (<em>qui a dit Kill  Bill ?</em>), en copie aussi les caractéristiques propres au reptile. Car  <strong>Naja</strong> est une tueuse à sang froid, une véritable machine sans  scrupules ni ressentiments. Cette distance ne se caractérise d&#8217;ailleurs  pas uniquement sur le plan émotionnel, puisque physiquement aussi, elle  est incapable de ressentir la moindre douleur. Cette émotion, ce  ressenti, deviendra finalement sa principale quête au long de ces trois  premiers albums. Avoir mal, pour se sentir vivre. Lorgnant parfois vers  certaines scènes masochistes, <strong>Naja</strong> possède cette ambiguïté, ce subtil mélange entre froideur et fragilité, qui donne envie d&#8217;en savoir plus sur un personnage. Et d&#8217;aller au bout d&#8217;une série, malgré les parti-pris de narration pas toujours heureux.</p>
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		<title>La route</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 14:40:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Freakmaster</dc:creator>
				<category><![CDATA[Readings]]></category>
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		<category><![CDATA[Cormac McCarthy]]></category>
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		<description><![CDATA[Quand Cormac McCarthy, l'auteur de "No Country for Old Men", s'attaque au récit post-apocalyptique, il fait fi des clichés du genre et des conventions d'écriture. 2ManyFreaks plonge (pour une fois) dans un prix Pulitzer et se noie dans les mots d'un des plus grands écrivains américains contemporains.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;avoue ne pas être un amateur éclairé de « grande » littérature. Les prixs et moi cela n&#8217;a jamais fait bon ménage. Alors quand j&#8217;ai eu connaissance de ce livre, prix Pulitzer 2007, et de son sujet post-apocalyptique, je me suis senti intrigué. Il a fallu pourtant résiter à ne pas sombrer dans l&#8217;étiquette facilement collé. Cormac McCarthy est un auteur américain contemporain. Bien que reconnu dans les millieux autorisés, il a surtout vu sa vitrine médiatique explosée lors de la présentation au 60ème festival de Cannes, de l&#8217;adaption d&#8217;un des ses romans par les frères Coen, « No Country for Old Men ».</p>
<p>La Route est son dernier livre. Il suit un père et son fils, dans un monde visiblement à l&#8217;agonie, envahie par le froid, suivre à pied une route menant vers le sud.</p>
<p>Le pitch est on ne peut plus simple, à l&#8217;image du bouquin lui-même. Dans un style incroyablement dépouillé et simple, souvent « télégraphique » dans les dialogues, McCarthy nous dépeint l&#8217;horreur d&#8217;un monde sans vie. Le monde post-apocalytique semble souvent familier pour un lecteur. Entre ce qu&#8217;on a pu voir au cinéma, lire, ou même encore jouer derrière nos écrans, il est facile pour tout un chacun de se représenter une image mentale de que pourrait être l&#8217;humanité suite à un événement dévastateur. Pourtant on est ici tout de suite happé par la singularité de ce que nous décrit l&#8217;auteur. Ici l&#8217;horreur n&#8217;a pas de nom, pas d&#8217;histoire. Tout juste devine-t-on que le feu a tout ravagé, le vent balayant des amas de cendres si gigantesque qu&#8217;ils en viennent apparemment à obscurcir l&#8217;atmosphère et provoquer des hivers rigoureux et interminables. Cet anonymat se retrouve d&#8217;ailleurs dans l&#8217;ensemble du livre, jamais un seul personnage n&#8217;est nommé. Le père et son fils ne sont jamais désigné, si ce n&#8217;est que par « l&#8217;homme », reflet forcément non fortuit d&#8217;une humanité toute entière incarné. On ne saura même jamais où se trouve cette route qu&#8217;ils suivent vers le sud. Dans quel pays l&#8217;histoire prend place.</p>
<p>Mais finalement, cette destabilisation du lecteur, cette désincarnation du décor et des personnages qu&#8217;un Lars Von Trier époque dogma ne renierait pas, est salutaire et sert tout le récit de McCarthy qu&#8217;il veut épuré. La forme réduite à son plus simple appareil. Les textes sont agencés sous forme d&#8217;épisodes de vie, comme un carnet de bord relaterait le voyage vers l&#8217;inconnu d&#8217;un navire au 15ème siècle. Les dialogues pauvres, concis. Car l&#8217;auteur ne veut pas ici inviter à la contemplation de l&#8217;horreur d&#8217;un monde revenu à l&#8217;état bestial. Car c&#8217;est bien ce que vont traverser ce père et son fils en voulant rejoindre le sud dans lequel ils portent tout leurs espoirs. Le monde est nu, vide de toute vie. Il ne reste ici et là que les souvenirs d&#8217;une humanité bien lointaine. La structure formelle du livre est à l&#8217;image de son sujet : la survie. C&#8217;est là tout le génie de Cormac McCarthy. Installer son lecteur dans une ambiance, poser une atmosphère, sans recourir à de longues descriptions, mais au contraire, dans l&#8217;abscence et le vide de tout ce qui fait habituellement l&#8217;humanité d&#8217;un roman.</p>
<p>Quant au récit en lui-même, il n&#8217;est finalement celui d&#8217;un homme qui, plus que tout, s&#8217;accroche à sa dernière flamme d&#8217;humanité. L&#8217;espoir. Mais pas l&#8217;espoir de rejoindre une terre plus hospitalière. Cette idée, l&#8217;homme l&#8217;a depuis longtemps abandonné. Celle de conserver l&#8217;innocence de son fils. La route devient une métaphore de cet espoir, un simple moyen de continuer à avancer alors que tout autour tout semble se résoudre à rejoindre un état de bestialité. Un moyen de vaincre la mort, qu&#8217;il sait pourtant, inéluctable. Car la sauvagerie est bien là, tapie dans l&#8217;ombre des bois, dans les coins reculés de caves abandonnés. Une horreur de laquelle il faut tenir écarter l&#8217;innocence de l&#8217;enface tant que possible. Jusqu&#8217;aà parfois flirter soi-même avec cette même déshumanisation. Dans une dernière partie hallucinante de justesse, la thématique prendra tout son sens. Inversant les rôles, juxtaposant les discours, McCarthy insistera sur le rôle prépondérant que chacun a put appporter à l&#8217;autre dans cette survie.</p>
<p>On ressort grandit de cette lecture. Si simple et sans fioritures dans sa forme, mais pointant là où il faut. La Route sonne comme une sorte de document futurologiste éclairé. Comme si tout ce qu&#8217;on avait pu voir ou lire auparavant sur un monde apocalytique ne tenait finalement plus que de la fable pour enfants. De simples mots. Juste un père et un fils sur une route. Mais qui résonneront à jamais pour qui pense un jour léguer « sa part d&#8217;humanité » à une progéniture.</p>
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